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SCI à l'IR ou à l'IS : comment choisir en 2026 (comparatif)

Par un réviseur comptable spécialiste SCI · · 8 min de lecture

C'est la première décision fiscale de la vie d'une SCI, et probablement la plus structurante : rester à l'impôt sur le revenu (IR), le régime par défaut, ou opter pour l'impôt sur les sociétés (IS). Ce choix conditionne votre imposition annuelle pendant toute la détention, mais aussi — et c'est souvent le point aveugle — la fiscalité le jour où vous revendrez l'immeuble.

Il n'existe pas de bonne réponse universelle. Il existe en revanche une méthode : chiffrer les deux régimes sur votre situation réelle, année après année, détention et revente comprises. C'est exactement ce que nous allons faire ici, avec un cas concret de SCI familiale et les règles fiscales en vigueur en 2026.

Un rappel utile avant de commencer : les calculs ci-dessous illustrent la mécanique générale. Votre situation personnelle (autres revenus, projets de travaux, transmission envisagée) peut faire pencher la balance ; pour un cas atypique, l'avis d'un professionnel reste précieux.

Ce qui sépare vraiment les deux régimes

À l'IR : la transparence fiscale

Une SCI à l'IR ne paie elle-même aucun impôt. Son résultat est calculé selon les règles des revenus fonciers, puis réparti entre les associés à hauteur de leur quote-part. Chacun ajoute sa part à ses revenus personnels : elle est imposée à sa tranche marginale d'imposition (TMI), plus 17,2 % de prélèvements sociaux. Vous êtes imposé sur le résultat, que les loyers restent sur le compte de la SCI ou non.

Les charges déductibles sont limitativement énumérées : intérêts d'emprunt, taxe foncière, assurances, travaux d'entretien et de réparation, frais de gestion. Le grand absent : l'amortissement de l'immeuble, non déductible à l'IR.

À l'IS : la société paie son propre impôt

Une SCI à l'IS est une contribuable à part entière. Elle tient une comptabilité d'engagement (un régime super-simplifié existe pour les petites structures), déduit toutes ses charges réelles et l'amortissement de l'immeuble, puis paie l'IS sur son bénéfice : 15 % jusqu'à 42 500 € (sous conditions, notamment de détention du capital par des personnes physiques), 25 % au-delà.

Les associés, eux, ne sont imposés que s'ils se versent des dividendes, en principe au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %. Tant que le résultat reste dans la société, aucune imposition personnelle. Le fonctionnement de l'amortissement par composants mérite un article à lui seul, mais retenez l'essentiel : c'est lui qui fait presque tout l'écart pendant la détention.

Le comparatif chiffré sur une SCI familiale type

Prenons un cas réaliste, que nous suivrons tout au long de l'article :

  • un immeuble locatif de 300 000 € (dont environ 45 000 € de terrain, non amortissable) ;
  • deux associés à 50/50 ;
  • loyers : 15 600 € par an (1 300 € par mois) ;
  • emprunt de 240 000 € à 3,5 % sur 20 ans (intérêts la première année : environ 8 300 €) ;
  • taxe foncière 1 400 €, assurance PNO 250 €, autres charges environ 800 €.

Imposition annuelle à l'IR

Le revenu foncier imposable se calcule simplement :

15 600 € de loyers − 8 300 € d'intérêts − 1 400 € de taxe foncière − 250 € d'assurance − 800 € d'autres charges = 4 850 € de résultat imposable, soit 2 425 € par associé.

Pour un associé dont la TMI est de 30 %, le taux global atteint 47,2 % (30 % + 17,2 % de prélèvements sociaux). L'impôt total du couple d'associés : 4 850 € × 47,2 % = environ 2 289 € par an.

Attention à la dynamique : les intérêts d'emprunt diminuent chaque année. Vers la dixième année, ils tombent autour de 4 900 €, le résultat imposable grimpe vers 8 250 € et la facture annuelle dépasse 3 800 € à TMI 30 %. Une fois l'emprunt remboursé, c'est près de 13 000 € qui deviennent imposables chaque année.

Imposition annuelle à l'IS : avec et sans amortissement

Sans l'amortissement, l'IS serait déjà correct : 4 850 € × 15 % = 728 € d'impôt, contre 2 289 € à l'IR pour une TMI de 30 %.

Mais l'amortissement change tout. Sur 255 000 € de constructions amorties par composants (gros œuvre, toiture, installations techniques, agencements), la dotation annuelle moyenne avoisine 6 375 € (environ 2,5 % par an). Le résultat fiscal devient : 4 850 € − 6 375 € = −1 525 €. Résultat déficitaire, donc 0 € d'IS, et un déficit reportable sur les bénéfices futurs.

Poste (année 1)SCI à l'IR (TMI 30 %)SCI à l'IS
Loyers encaissés15 600 €15 600 €
Charges déductibles10 750 €10 750 €
Amortissementnon déductible≈ 6 375 €
Base imposable4 850 €0 € (déficit reportable)
Impôt de l'année≈ 2 289 €0 €

Une nuance importante : à l'IS, ce résultat comptable négatif interdit de distribuer des dividendes cette année-là. La trésorerie dégagée par les loyers reste dans la société — ou revient aux associés par remboursement de leurs apports en compte courant d'associé, sans fiscalité.

L'impact de votre TMI : le premier curseur

Plus votre TMI est élevée, plus l'IR coûte cher et plus l'IS devient tentant. Sur notre cas fil rouge, année 1 :

TMI de l'associéTaux global IR (TMI + PS)Impôt annuel à l'IRImpôt annuel à l'IS
11 %28,2 %≈ 1 368 €0 €
30 %47,2 %≈ 2 289 €0 €
41 %58,2 %≈ 2 823 €0 €

À TMI 11 %, l'écart est modeste et ne justifie généralement pas, à lui seul, les contraintes de l'IS. À TMI 41 %, l'écart annuel se creuse et s'amplifiera à mesure que les intérêts d'emprunt diminuent : c'est le profil type du candidat à l'option IS — à condition de regarder la suite.

La revente : le critère qui fait basculer la décision

À l'IR, la plus-value relève du régime des particuliers : abattements pour durée de détention (exonération d'impôt sur le revenu après 22 ans, de prélèvements sociaux après 30 ans), forfaits de 7,5 % pour les frais d'acquisition et de 15 % pour les travaux après 5 ans de détention.

À l'IS, aucun abattement de durée : la plus-value égale prix de vente moins valeur nette comptable — donc amortissements repris — et elle est taxée à l'IS, puis au PFU de 30 % si vous distribuez le produit de la vente.

Sur notre immeuble acheté 300 000 € et revendu 420 000 € après 22 ans, l'addition à l'IR se limite à environ 6 500 € (prélèvements sociaux résiduels), contre plus de 60 000 € d'IS — avant même toute distribution. Le comparatif complet de la plus-value IR contre IS détaille ces calculs à 15, 22 et 30 ans : c'est souvent lui qui tranche le débat.

Les critères de décision, dans l'ordre

1. Votre horizon de détention. C'est le critère roi. Détention très longue (plus de 20 ans) ou transmission familiale sans revente : l'IR et ses abattements deviennent presque imbattables à la sortie. Détention courte ou moyenne avec revente prévue : l'écart de plus-value se resserre et l'économie annuelle de l'IS peut l'emporter.

2. Revenus ou capitalisation. Vous avez besoin des loyers pour vivre ? À l'IS, sortir l'argent en dividendes déclenche le PFU de 30 % en plus de l'IS déjà payé : l'avantage fond. Vous réinvestissez tout (remboursement d'emprunt, nouvel immeuble) ? L'IS capitalise en quasi-franchise d'impôt pendant des années.

3. Votre TMI. En dessous de 30 %, l'IR reste généralement compétitif. À 41 % ou plus, l'IS mérite une étude sérieuse — et si votre TMI doit baisser à la retraite, intégrez-le au calcul.

4. Les travaux à venir. De gros travaux de rénovation créent à l'IR un déficit foncier imputable sur votre revenu global à hauteur de 10 700 € par an : un levier que l'IS ne connaît pas sous cette forme.

Dernier point : le choix n'est pas totalement figé. L'option pour l'IS peut être exercée plus tard, et elle est même révocable pendant cinq ans — la marche à suivre est détaillée dans notre guide du passage de l'IR à l'IS. En revanche, revenir à l'IR après renonciation ferme la porte définitivement : mieux vaut décider sur la base d'un chiffrage complet.

En résumé

Chaque situation mérite son propre calcul : quelques paramètres (TMI, durée, montant des travaux) suffisent à inverser la conclusion.